1. La légende de Saint Gióng : un récit ancré dans le temps des rois Hùng

La légende de Saint Gióng est rattachée à l’époque des rois Hùng, période fondatrice du premier État vietnamien, Văn Lang. Elle se situe dans ce temps ancien où le pays, encore jeune, devait déjà défendre son territoire contre les envahisseurs appelés dans la tradition « giặc Ân ».
Le récit est connu de tous les enfants vietnamiens. Un garçon de trois ans, silencieux depuis sa naissance, entend l’appel du roi cherchant un sauveur. Il se lève, parle pour la première fois et demande qu’on lui forge un cheval de fer, une armure et une lance. En quelques jours, il grandit de manière prodigieuse, devient un géant, monte son cheval cracheur de feu et repousse l’ennemi.
Après la victoire, il ne réclame ni titre ni récompense. Il chevauche jusqu’au mont Sóc et s’élève vers le ciel.
Derrière la dimension mythique, cette légende garde la mémoire des premières résistances face aux puissances venues du Nord. Elle incarne la conscience précoce d’un peuple qui, dès l’aube de son histoire, a dû défendre son existence.
2. Une histoire longue, marquée par la résistance


L’histoire du Vietnam ne se réduit pas à une succession de dates. Elle est une continuité de luttes pour préserver une identité.
Après la période des rois Hùng, le territoire tombe sous domination chinoise pendant près d’un millénaire. Pourtant, la volonté d’indépendance ne disparaît jamais. Les soulèvements des sœurs Trưng, puis la victoire de Ngô Quyền sur le fleuve Bạch Đằng en 938 marquent le retour de la souveraineté.
Aux siècles suivants, les dynasties Lý, Trần et Lê doivent encore affronter les armées venues du Nord, qu’il s’agisse des Song, des Yuan-Mongols ou des Ming.
Dans cette longue mémoire collective, la figure du héros à cheval revient sans cesse. La légende de Saint Gióng apparaît ainsi comme une matrice symbolique : le premier élan d’un esprit de résistance qui traversera les siècles.
3. Le cheval : symbole de mouvement, d’engagement et d’accomplissement

Dans la légende, le cheval de fer n’est pas un simple moyen de transport. Il est la force collective matérialisée. Il est le feu, l’élan, la capacité d’un peuple à transformer la peur en action.
Dans la culture vietnamienne, le cheval symbolise :
- la persévérance et la fidélité,
- l’accomplissement après un long voyage (« mã đáo thành công »),
- l’énergie lumineuse et ascendante dans le cycle du temps.
Le cheval n’est pas seulement rapidité. Il est direction. Il représente le passage d’un cycle à un autre, le courage d’avancer sans oublier d’où l’on vient.
4. Mon regard personnel en ce Têt – un vœu pour l’année du Cheval
Chaque année, à l’approche du Têt vietnamien, je relis intérieurement cette légende.
Je m’appelle Vân. Je vis en France depuis de nombreuses années. Si j’ai choisi de consacrer ma vie au thé vietnamien et à la transmission de notre culture en Europe, c’est parce que je crois profondément que nos racines ne sont pas un poids : elles sont une force.
Le cheval de Saint Gióng me parle intimement. Il me rappelle qu’aucune traversée n’est inutile si elle est portée par un sens. Apporter le thé vietnamien en France, créer des espaces de partage, raconter notre histoire – ce n’est pas seulement un projet professionnel. C’est une manière de continuer ce mouvement, de faire voyager une mémoire.
En cette année placée sous le signe du Cheval, je vous souhaite :
- d’oser avancer avec clarté,
- de trouver votre propre élan,
- de transformer chaque obstacle en pas supplémentaire vers ce qui vous ressemble profondément.
Que votre année soit comme un cheval qui revient au village après une longue route : accomplie, solide, habitée de sens.
Et si, au détour d’une tasse de thé vietnamien, vous ressentez un lien plus profond avec vous-même, alors le voyage aura trouvé sa destination.
Conclusion
La légende de Saint Gióng n’est pas un simple conte ancien. Elle relie le temps des rois Hùng aux siècles de résistance, et jusqu’à aujourd’hui.
Le cheval y incarne le mouvement d’un peuple qui refuse l’effacement.
En ce Têt vietnamien, que cet élan vous accompagne. Qu’il vous aide à avancer sans rompre le fil qui vous relie à vos propres racines. Et que, autour d’un thé partagé, nous continuions ensemble ce dialogue entre le Vietnam, la France et l’Europe.









