Introduction
Le premier jour de l’année, on « sort au printemps » : on flâne, on va à la foire de printemps, on marche dans un air renouvelé pour ressentir la saison. Au milieu de cette effervescence, il existe toujours un instant où l’on ralentit : on s’assoit, on ouvre le plateau de fruits confits, on verse une théière de thé.
Quand la tasse touche les lèvres, le Tết cesse soudain d’être une suite de choses à faire à temps, et devient un rythme de retrouvailles — le souffle même d’une année nouvelle.
Table du Tết : manger les fruits confits, savourer le thé
Ainsi, « manger les fruits confits du Tết – savourer le thé » n’est pas seulement un geste gourmand : c’est un acte de lien et de réajustement du rythme de l’an neuf. Lien entre les personnes, à travers les salutations des premiers jours ; lien avec la nature, à travers le cadeau du thé et des fruits ; lien enfin avec le cosmos, dans cette conviction qu’à la fermeture d’un cycle, il faut entrer dans le suivant avec un état d’esprit léger, positif et clair.
Pourquoi les fruits confits du Tết vont-ils souvent avec le thé ? « Pour que l’on se rapproche, tout simplement. » Nul besoin d’invitation solennelle : dès que le plateau de fruits confits est posé sur la table et que la théière est juste assez chaude, la conversation s’ouvre d’elle-même, et les vœux s’attardent naturellement. Cette coutume fait du Tết autre chose qu’un simple tourbillon : elle crée un « moment de rencontre », où l’on ne souhaite pas à la hâte, où le rire ne fait pas que passer, et où la présence de l’autre devient le véritable cadeau des premiers jours.

La table de thé du Tết : recevoir et dire merci
Dans cet instant, la table de thé est aussi le lieu où les Vietnamiens expriment leur reconnaissance envers la nature : la terre et le monde vivant offrent nourriture et boisson — le thé, les fruits… l’humain reçoit, honore, remercie. Voilà pourquoi la table de thé du Tết est à la fois un lieu où l’on « reçoit » et un lieu où l’on « dit merci », en dégustant lentement, en chérissant chaque douceur, chaque gorgée tiède.
Recréer le rythme de l’an neuf
Que signifie « recréer le rythme de l’an neuf » dans la manière vietnamienne d’accueillir le Tết ? « C’est une sensation profonde que chacun reconnaît : quand un cycle annuel s’achève, il faut se réaccorder. » La table de thé et le plateau de fruits confits deviennent un point de “mise en route” — doux mais puissant : mise en route des émotions, des relations, de l’élan intérieur vers une année meilleure.
Et cette mise en route ne vient pas de la précipitation, mais d’un tempo lent : une gorgée de thé suffit à apaiser ; une bouchée de fruits confits suffit à adoucir le cœur ; une question de nouvelle année suffit à raviver un lien.
Dès lors, « manger les fruits confits – savourer le thé » dépasse la cuisine : c’est une manière de vivre. Relier les personnes pour que la conversation de début d’année ait un point de départ et le temps de se déployer ; relier l’humain à la nature pour se rappeler que le thé et les fruits sont des dons à respecter ; relier l’humain au cosmos, comme une façon de croire au mouvement de la vie — afin d’entrer dans l’an neuf sur un rythme lumineux, léger et positif.
« Table de thé du Tết » : un merci au « Ciel et à la Terre » (Thiên Địa)
La table de thé des premiers jours est l’endroit où l’on fait tenir « le Ciel et la Terre » (Thiên et Địa) dans un geste minuscule : une théière tiède au creux des mains, un plateau de douceurs à la douceur légère. Le thé et les fruits — tous deux dons de la nature — ont traversé rosée et vent, soleil et pluie, pour devenir parfum et saveur ; alors, lorsqu’on les élève au début de l’année, ils ne relèvent plus d’un simple “manger et boire”, mais d’un rappel : nous vivons grâce à la générosité silencieuse du ciel et de la terre.
C’est pourquoi l’on déguste lentement, comme pour “réentendre” le rythme des saisons : une gorgée de thé pour apaiser l’esprit, une bouchée de fruits confits pour assouplir la parole, puis on se ressert — non pas pour boire davantage, mais pour préserver la gratitude dans la manière d’être ensemble. Ici, la reconnaissance n’a pas besoin de formules : elle se loge dans le tempo lent, dans l’attention, dans ce geste simple et profond qui ouvre l’année — accueillir le don de la nature et dire merci par le respect même qu’on lui porte.
Les plateaux de fruits confits des trois régions : trois histoires, une intention
Au Vietnam, le plateau de gâteaux et de fruits confits du Tết n’obéit pas à « un seul modèle pour tout le pays ». Le territoire s’étire, le climat change, et les goûts suivent naturellement chaque région.
- Au Nord, on privilégie souvent une élégance chaleureuse : douceur mesurée, parfums légers, dégustation lente pour laisser la conversation s’allonger autour du thé.
- Au Centre, on reconnaît une finesse attentive : saveurs plus sobres, choix minutieux, comme si chaque bouchée portait une forme de respect.
- Au Sud, domine un esprit plus ouvert et joyeux : douceur plus affirmée, variations acidulées-sucrées, pour que la table invite facilement, se partage aisément, et que la rencontre se prolonge dans la bonne humeur.
Que disent les fruits confits du Nord ?
Au Nord, le plateau de fruits confits prend souvent l’allure d’un « rituel de retrouvailles » : on dresse le plateau pour inviter à s’asseoir, verser le thé, ouvrir la conversation. Le sens se loge dans le rythme : on grignote lentement, pour que les vœux et les nouvelles s’étirent naturellement ; les saveurs tendent alors vers l’équilibre — chaudes, fines, sobres, accordées à l’atmosphère du tout début du printemps.
On peut y rencontrer notamment :
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Fruits confits au gingembre (secs)
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Fruits confits de courge (bí đao)
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Fruits confits de kumquat (quất / tắc)
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Fruits confits de racine de lotus
Que dépose le Centre dans le plateau de fruits confits du Tết ?
Le Centre exprime souvent une attention patiente : chaque pièce est préparée, choisie, comme si l’on “enveloppait” le respect dans une forme. Dans l’axe de la reconnaissance, c’est aussi une manière de remercier le ciel et la terre, de chérir ce que la nature offre — d’où une tendance vers des saveurs plus nettes, plus fines, plus travaillées.
On peut y rencontrer notamment :
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Fruits confits de graines de lotus de Huế
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Fruits confits de thanh trà
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Fruits confits de réglisse (écorces d’orange séchées)
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Fruits confits au curcuma
Pourquoi le plateau du Sud porte-t-il une « atmosphère ouverte » ?
Dans l’axe du lien, le plateau du Sud vise souvent la facilité d’accueil : facile à offrir, facile à saisir, facile à partager — pour que la rencontre reste légère, joyeuse, et dure. La richesse des variations sucré–acidulé évite la sensation d’écœurement, et permet à la conversation de rester vive tout en demeurant confortable.
On peut y rencontrer notamment :
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Fruits confits à la noix de coco
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Fruits confits au tamarin
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Fruits confits de corossol (mãng cầu)
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Fruits confits d’ananas (thơm / khóm)
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Fruits confits de papaye / de pastèque / d’aloe vera









